31 janvier 2011

Chapître 10 - fresnes, mai 2007.

Les yeux mutins, elle approcha son visage de lui pour lui voler un baiser.

Il la renvoya d’un geste indifférent et appuya son dos nerveux contre le lit.

-L’aimes-tu ?

Le ton était froid, à des lieues de la bienveillance dont il venait de faire montre, l’ayant longuement caressée avant de la pénétrer.

-Non ! Tu sais quels sont mes sentiments.

- Bien.

Ce furent ses seuls mots ce soir-là. Il la sodomisa violemment, brûlant son ventre de femme d’un désir indicible.

Mais les jours qui suivirent, quelque chose avait changé dans ses gestes. Yesirah sentait une réserve plus grande à son égard, comme s’il se fût retranché derrière une invisible muraille. Elle sentait que sa cause était moins acquise. Qu’elle avait, peut être, rompu quelque pacte tacite. Cependant, inconsciente et électrisée par les deux faces masculines de sa vie amoureuse,  elle n’y avait prêté guère attention et avait persévéré dans ses audaces.

Toutefois elle avait inconsciemment compris qu’il valait mieux taire ses petites aventures, et sa double vie, qui dura plusieurs mois, apporta un supplément d’excitation au bénéfice d’être deux femmes pour deux hommes en tous points opposés.

Un soir que Darkam l’avait emmenée dîner dans un restaurant et qu’ils jouaient au jeu de la cour, elle avait reçu un message d’Antise, qui disait simplement : « Je sais où tu es … »

Une effroyable peur lui avait étreint la poitrine. Le flagrant délit sans doute, associé à l’incroyable possibilité qu’Antise pût s’éloigner d’elle. Elle avait fait mine de devoir écourter le repas, avait endossé le masque de la fausse insouciance, qui de fait était le signe de leur relation, pendant les minutes restantes, et avait pris le chemin du retour, son sourire s’effaçant à la minute où elle lui tourna le dos.

« J’arrive ».

Elle fit quelques pas sur la place dallée. Ses pas se découpaient un par un, une présence, quelque chose l’accompagnait.

L’œil était dans la tombe et regardait Cain.

Antise se tenait, immobile, au centre de la place.

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Fresnes,  Mai 2007.

Yesirah avançait, confuse et le visage soucieux. Elle était honteuse ; honteuse d’avoir menti et honteuse de se sentir elle-même comme une femme perdue. Les yeux d’Antise étaient rougis, elle vit qu’il avait pleuré. Nulle trace cependant de tristesse dans ses gestes ou son visage. Mais son regard était dur et quand il parla, ses lèvres tremblaient.

-Parle-moi.

Yesirah eut un mouvement farouche. Oui,  elle avait couché avec cet homme ; mais elle ne l’aimait pas.

Il chancela au milieu de la place, envahi par une sensation d’étrangeté. Ce qui était peint sur son visage était difficile à définir. Ce n’était pas de la peine, ou c’était de la peine mêlée de rage et de déception.

Il avait plu et l’air était froid et humide. Yesirah essaya d’enrouler ses bras autour de son cou. Il arrêta d’abord son geste, puis la laissa faire. Ils formaient, au milieu de la place dallée, dans la sale grisaille de la gare de banlieue, une statue de sel, deux douleurs incrustées, en fusion, autour desquelles la place et les passants tournaient et s’effaçaient tel un brouillon pâle et vertigineux. Elle ne saurait dire combien de temps ils restèrent ainsi. Il la serrait fort, au point que l’étreinte en était désagréable. (Alors) Yesirah se détacha et le regarda. Elle attendait les premiers mots que la bouche d’Antise allait former, comme un coupable son verdict. Il se racla la gorge et d’une voix enrouée dit  :

-J’accepte ta peur mais pas tes mensonges.

Posté par Zaorah à 21:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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